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L'atelier du silence : Episode 4/10

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Quelques jours plus tard, une jeune femme arriva en même temps que moi. Elle suspendit elle aussi sa bouche à un crochet et, en inclinant la tête, elle m’invita à la suivre. Dans le couloir, elle continua au delà de la salle ronde et poussa une porte en bois toute ouvragée. Cette dernière était si belle que je passai instinctivement la main dessus. La salle où j’entrai était très grande et on ne pouvait avancer que dans une sorte de labyrinthe délimité par des étagères à hauteur de mains, sur lesquelles se trouvaient des éléments de la vie courante ; un bout de route goudronnée, un bout de trottoir en ciment, un bout de fenêtre, un peu de terre, de l’herbe... Enfin tout ce qui fait notre environnement à la ville, ou à la campagne. Je commençai par toucher le goudron et je me rendis compte que je ne l’avais jamais fait jusque là. Je marchais sur des routes toute la journée et je n’avais jamais touché ce qui les composait. Les interdits de l’enfance me remontèrent en mémoire.

  • Ne touche pas, c’est dégoûtant !

Je me rendis compte que le goudron était dur et rugueux. C’était surprenant de pouvoir enfreindre l’interdit de le toucher. Je continuai en caressant un bout de fenêtre.

  • Ne mets pas tes doigts sur la vitre, je viens de les faire ! entendis-je dans ma tête.

Mais là, aujourd’hui, il m’était permis de toucher tout à loisir, sans culpabilité, de sentir le lisse, la transparence du verre sous mes doigts.


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